Saveurs ashkénazes & levantines
Au cœur du Pletzl, le quartier juif historique de Paris, la rue des Rosiers incarne une double mémoire : celle des communautés juives ashkénazes venues d’Europe de l’Est, et celle des juifs séfarades arrivés d’Afrique du Nord dans les années 1950–60.
Longue de 250 mètres à peine, cette rue piétonne est l’un des plus puissants symboles identitaires du Marais, mêlant pâtisseries yiddish, délices levantins (falafels, shawarmas), librairies religieuses, mode branchée et mémoire vive de la Shoah.
Histoire en 6 actes
- XIIIᵉ siècle : Le quartier accueille une importante communauté juive, expulsée en 1394 sur ordre de Charles VI.
- XIXᵉ siècle : Retour progressif des juifs dans le Marais, surtout d’Europe centrale (Pologne, Russie).
- Années 1920–30 : Apogée du Pletzl, surnom affectueux du quartier juif (signifiant « petite place » en yiddish).
- 1940–44 : Occupation allemande : la rue est durement touchée, de nombreux habitants sont déportés.
- Années 1950–60 : Arrivée des juifs séfarades, notamment tunisiens, marocains et algériens : cuisine méditerranéenne et traditions orientales s’ajoutent.
- Aujourd’hui : Un quartier mixte, vivant, entre mémoire et modernité, très apprécié des touristes et des Parisiens.
Clés architecturales
- Maisons anciennes avec encadrements en pierre, cours intérieures typiques
- Plaques commémoratives sur les écoles et immeubles, dédiées aux enfants juifs déportés
- Enseignes en hébreu, devantures colorées de traiteurs et restaurants
- La synagogue Agoudas Hakehilos (rue Pavée, à deux pas), chef-d’œuvre Art nouveau d’Hector Guimard
- Petits passages cachés (ex : Passage Sainte-Avoye) menant à des cours intimes
Personnages & œuvres
- Hector Guimard, architecte de la synagogue rue Pavée
- Rachi de Troyes, immense érudit juif du XIᵉ siècle, figure tutélaire du judaïsme français
- Jo Goldenberg, restaurateur emblématique, dont l’établissement fut visé par un attentat en 1982
- Anouk Grinberg, actrice issue d’une famille yiddish du Marais
- Présence du quartier dans les romans de Patrick Modiano, Georges Perec, et dans des documentaires sur la mémoire juive
Anecdotes savoureuses
- Le célèbre restaurant L’As du Fallafel est presque une institution : file d’attente garantie même sous la pluie !
- La rue est fermée aux voitures le dimanche, ce qui renforce l’ambiance conviviale et familiale
- Des pâtisseries yiddish traditionnelles (strudel, babka, cheesecake) côtoient des desserts orientaux (baklavas, makrouts)
- Le quartier est l’un des rares où les commerces sont ouverts le dimanche (et souvent fermés le samedi, pour le shabbat)
- On y trouve encore des librairies religieuses, des boucheries kasher et des vêtements traditionnels
En résumé
« Ici, chaque façade a une mémoire, chaque plat une origine lointaine, et chaque sourire raconte une histoire d’exil ou de fête. »